Il ne faut pas croire qu'avant Jean-Marie Leclair, le violon français était inexistant. Le Français Louis Grabu servit la cour d'Angleterre sous le règne du francophile Charles II à partir de 1668, Lully puis Muffat (si l'on veut bien les considérer comme Français) firent avancer la forme sonate à travers leurs compositions pour le violon. Sébastien de Brossard, Elisabeth Jacquet de Laguerre, Jean Fery Rebel (1661-1747) ou encore François Duval (ca.1672-1728), ce dernier ayant fait partie de la "Communauté des maîtres à dancer" puis des 24 violons du Roy, composèrent pour le violon soit en trio, soit en solo accompagné de la seule basse. Jean-Baptiste Anet, dit Baptiste (ca.1662-1755) fit les beaux jours du Concert Spirituel par son interprétation plus "italianisée". C'est alors une période où le violon français s'aguerrit au contact des Italiens (on joue les œuvres de Vivaldi et Corelli ; Somis et Locatelli triomphent à Paris), une influence qui inonde toute l'Europe musicale.
Mais c'est avec Leclair que l'identité française devient à l'égal du savoir-faire italien. Ce savoir-faire acquis, les innovations intégrées (les Francœur explorent le registre aigu, l'aîné s'essaie même à l'usage du pouce de la main gauche), le "goût" français peut revendiquer son identité. Et c'est tout une école qui se développe autour de Leclair.
De Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770) il faut surtout retenir, selon Marc Pincherle, "sa virtuosité hors de pair, bizarre parfois, au jugement des critiques du temps, mais d'un éclat incomparable, annonciatrice pour qui se reprote au recueil d'"Amusements pour violon seul", des audaces de Paganini." Cette virtuosité n'est pas sans lien avec son apprentissage auprès de Somis. Il a écrit notamment de nombreuses sonates et symphonies pour deux violons et basse continue, remarquables par leur mouvement allegro et obtint un grand succès en 1749 avec son ballet-pantomime L'opérateur chinois. Nombre de ses compositions furent présentées au Concert Spirituel mais par l'intermédiaire de Mangean.
C'est dans cette dernière institution qu'il dirigea de 1755 à 1762 que Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772) obtint ses plus grands succès en compagnie de Aubert, Guignon ou encore du flûtiste Blavet.
Il fut l’un des plus importants et des plus actifs artistes de la moitié du XVIIIe siècle. Le Mercure de France nous dit le grand succès qu’obtinrent ses grands motets aux représentations du Concert Spirituel de 1739 et qui lui valurent la double réputation de compositeur et de violoniste. Associé à la fois à l’Opéra et au Concert Spirituel, Mondonville était un personnage important de la vie musicale parisienne de ce temps et fut l’un des chefs de file français de la querelle des Bouffons. On retient de lui ses opéras, ses grands motets et ses sonates.
Antoine Dauvergne (1713-1797) lui succèda à la tête du Concert Spirituel de 1762 à 1771, puis en co-direction jusqu'en 1773.
Antoine Dauvergne était fils du musicien Jacques Dauvergne et arriva à Paris vers la fin des années 1730. Il y étudia la composition avec Rameau avant de devenir violoniste à la chambre du roi en 1739 puis de diriger l’orchestre de l’Opéra en 1752. Surtout connu pour son opéra comique Les troqueurs (1753). Il en modifia le répertoire, principalement par le remplacement des œuvres de Mondonville par les siennes, ainsi que la formation par l’ajout de nouveaux artistes à l’orchestre et au chœur, il nomma ainsi Pierre Gaviniès pour le conduire.
Ce dernier est considéré comme le successeur de Leclair comme chef de file de l'école française de violon. Il passera lui-même le flambeau aux Rode, Baillot et Kreutzer. Si Pierre Gaviniès (1728-1800) dirigea le Concert Spirituel de 1774 à 1777, associé à Leduc et à Gossec, durant la grande période de la symphonie concertante, c'est aussi pour ses qualités de violoniste et de compositeur - qualités qui le firent considérer par Viotti comme le "Tartini français". Fils de luthier, il triomphe dès l'âge de 13 ans aux côtés de l'Abbé au Concert Spirituel grâce à un duo de Leclair. Quelques années plus tard, passant pour être le virtuose le plus prisé de Paris, il put se permettre de refuser de rejoindre la musique du roi. Ayant eu une vie mouvementée, c'est en prison que Gaviniès composa sa fameuse Romance. Ses concerts, compositions et élèves connurent une immense gloire dans les années 1760. Trente ans plus tard il fut l'un des premiers à devenir professeur du tout nouveau Conservatoire de Paris, car Gaviniès était également pédagogue, en témoignent ces études, Vingt quatre matinées, apothéose de la technique violonistique du XVIIIe siècle.
D'orignie italienne mais ayant exercé son activité en France, Jean-Pierre Guignon (1702-1774) ne put échapper à l'influence de Somis. Il fit ses débuts au Concert Spirituel dans une de ces joutes qu'affectionnait particulièrement le public qui l'opposa à Jean-Baptiste Anet, le style italien face au style français. S'il voulut faire revivre la charge de Roi des Ménétriers (essayant par là de balayer l'ancienne opposition du violon pour danser à la viole de gambe pour faire de la musique), c'est d'abord par souci d'afficher sa virtuosité qui le place parmi les plus grands violonistes de ce siècle.