Vielle à roue

 

La vielle à roue appartient à la famille des cordes frottées ; pourtant, si l’origine des cordes frottées est orientale, c’est très probablement en Occident que la vielle à roue prend naissance. On en trouve les premières traces vers 1100 dans un texte rédigé dans une abbaye bénédictine en Bavière et sur les frontons de cathédrales espagnoles.

Son ancêtre, l’organistrum, était joué par deux musiciens : l’un tournait la roue pendant que l’autre poussait et tirait les touches. La taille de la vielle à roue est bien moindre, puisqu’à partir du XIIIe siècle une personne seule suffit pour en jouer. Si l’organistrum était essentiellement utilisé en accompagnement de chants liturgiques, la vielle à roue fonctionnant sur le même principe, a gagné ses galons d’instrument soliste par les modifications successives opérées à travers les ans.

L’époque baroque notamment est une période importante de changements puisque c’est à partir du XVIIIe siècle que l’on peut véritablement parler de vielle à roue. L’instrument devient à la mode allant des catégories sociales populaires à la noblesse, où le goût du rustique et du champêtre guide la vie culturelle. Ce changement touche tous les domaines. La facture instrumentale se tourne vers une esthétique plus poussée : les magnifiques têtes sculptées des vielles font leur apparition au-dessus du chevillier et la marqueterie vient orner la caisse de l’instrument. On abandonne la forme de la caisse de résonance plate au profit d’une caisse en forme de luth, la vielle produisant ainsi un son plus éclatant ; mais luths et théorbes trouvent dans la vielle leur tombeau. Le répertoire s’enrichit d’œuvres nouvelles et spécifiques grâce notamment aux Chédeville, Corrette, Bâton, Dupuit, Aubert ou Boismortier, avec des chacones, menuets, sarabandes, concertos et sonates. La sonorité s’homogénéise avec la codification des accords. Des expériences sont tentées par des hybridations comme la création de vielles organisées, association d’un orgue et d’une vielle sur un même instrument.

La vielle à roue baroque se différencie de la vielle à roue traditionnelle non seulement par le répertoire mais aussi par les techniques de jeu. La vielle à roue traditionnelle fait une utilisation du chien à part entière, c’est-à-dire que le chien était utilisé pour « rameuter » l’auditoire et avertir le public de la présence du joueur de vielle ; le son métallique du chien, qui paraît à nos oreilles actuelles troublant, était tout naturel aux gens de l’époque. Pour la vielle à roue « savante », le chien est utilisé comme un appui rythmique à la mélodie, il s’intègre à la mélodie et, fait nouveau du XVIIIe, peut aisément être enlevé par le musicien.

Les copies modernes des instruments d’époque sont souvent modifiées par rapport à l’original pour un confort de jeu plus optimum, par exemple les touches peuvent être arrondies aux angles pour une plus grande célérité d’exécution, les sautereaux être entourés d’une gaine de caoutchouc pour améliorer le confort du musicien.

© Ensemble Baroque de Limoges