Trompette marine

 

La trompette marine dont l’existence semble remonter au XVe siècle, a été utilisée jusqu’au XIXe siècle. Mais c'est la période baroque qui l'utilise le plus, notamment par Jean-Baptiste Prin (ca.1650-1742), qui non seulement a composé des concertos et airs pour cet instrument, mais lui a également inventé une manière d’organiser les cordes sympathiques – au nombre de 21 à 24 – à l’intérieur de l’instrument.

En effet, la trompette marine est un monocorde qui est parfois garni de cordes sympathiques, soit à l'intérieur de la caisse, soit sur la table à côté de la corde de jeu, selon les longueurs qui correspondent à des divisions harmoniques et que l’on peut étouffer ou laisser vibrer facilement. Ce monocorde matérialise les composants contenus dans le son d'une corde unique. Tout comme la trompe antique et les cuivres en général, elle joue sur les harmoniques d'un son fondamental non utilisé : le pouce du musicien effleure la corde sur celles de ses divisions entières qui correspondent aux intervalles musicaux usuels. Sa corde passe par-dessus un chevalet asymétrique. Le pied libre du chevalet est mis en vibration par la corde et tambourine sur la table de l'instrument. La trompette marine étant jouée à l'aide d'une technique de sons harmoniques, sa littérature est la même que celle de la trompette.

Si le timbre dû à ce type de chevalet et l'acoustique fondée sur l'étagement des harmoniques peuvent justifier le nom de trompette, l'épithète "marine" n'a reçu à l'heure actuelle aucune étymologie convaincante. Remplaçant la trompette, instrument de guerre, dans les concerts d’église, son nom est plus lié à la « tromba mariae » (trompette de Marie) qu’à une étymologie ayant trait à la mer. Car si la trompette marine est un instrument de remplacement, on le doit à la trompette à bouche qui était liée à une corporation. L’usage de cette dernière était donc régi par des lois strictes et était réservé aux trompettistes de la cour de l'armée. De ce fait, la trompette marine représentait un instrument bienvenu dans les couvents, ce sont donc les femmes qui en jouaient le plus.

La première joueuse de trompette marine connue fut Susanna von Khienburg, dans le couvent de Nonnberg à Salzbourg en 1625. En 1721, il y avait cinq joueuses qui jouaient aux fêtes basses les mêmes pièces que jouaient les trompettistes de cour aux fêtes hautes.

Texte Max Engel, trad. Michel Uhlmann et Nicolas Sarre

© Ensemble Baroque de Limoges