Lambert : maître luthier.

Les instruments de Jean-Nicolas Lambert, maître juré de la corporation des luthiers en 1745–46, sont représentatifs de la période charnière entre la facture instrumentale du XVIIIe siècle et celle du XIXe. Pour preuve, on lui connaît la construction d’une guitare à cinq cordes uniques : celle-ci permet de jouer des œuvres de Boccherini par exemple. Instrument devenu courant au XIXe siècle, elle était encore rare à son époque, la guitare possédant alors plutôt cinq doubles cordes.

Concernant ses instruments à cordes, sa patte est reconnaissable à certains détails tels que la forme des éclisses ou une épaisseur de vernis particulière qui devait l’obliger à une tension des cordes plus forte qu’à l’accoutumée. Le violoncelle possède les caractéristiques typiques du montage du XVIIIe siècle (et cela bien que de facture parisienne, un instrument probablement très semblable à celui dont Boccherini était familier) : bouton sans pique, manche peu renversé, touche plaquée s’arrêtant à la deuxième octave de la corde à vide.

Ayant fabriqué des violes de gambe pour Mesdames, filles de Louis XV connues pour leur amour des instruments de musique, Lambert fabriquait des instruments en bois pour la Cour notamment mais aussi pour le "grand public". Pour satisfaire une clientèle diversifiée, on pouvait trouver dans son atelier une foison d’instruments différents allant de la vielle à roue aux instruments du quatuor à cordes, en passant par la viole d'amour ou la guitare. Il est d’ailleurs un exemple représentatif de l'organisation sociale de l'époque liée à la transmission des savoirs par le compagnonnage et à des corporations très exclusives qui se cantonnaient dans l’utilisation d’un seul matériau (avait-il le droit de travailler le cuivre étant maître luthier ?).

Sur les nombreux instruments conservés dans les musées ou les collections particulières, on en connaît très peu qui soient dans leur état d’origine. Ceux de la collection de Christophe Coin le sont, permettant d’entendre l’instrument dans son « jus », véritable valeur ajoutée pour l’écoute de la musique ancienne.

 


Quatuor de Lambert
Illustration de la pochette d'un disque du Quatuor Mosaïques
Photo Yan Ullern


Vielle à roue de Lambert
Photo Jean-Marc Coustillier