Guimbarde

 

La guimbarde fait son apparition au Moyen-Âge, elle est d’ailleurs mentionnée dans une chanson érotique flamande du manuscrit brugeois Gruuthuse (vers 1380-1390) et dans une supplique de 1397 provenant du Hainault. Mais son âge d’or se situe surtout aux XVIe et XVIIe siècles avant de se transformer en jouet pour les enfants au cours du XVIIIe siècle. A l’instar de la mandoline, la guimbarde était utilisée au XVIIIe siècle, en Suisse et en Autriche, comme un instrument de séduction par les jeunes amoureux au balcon de leur bien-aimée.

Sa fabrication s’est ensuite industrialisée au XIXe siècle offrant à l’instrument un second souffle, et profitant de l’insertion de l’instrument dans tous les milieux de la société. Sans qu’on ne sache pourquoi, le XXe siècle et l’entre-deux-guerres verront le déclin de cet instrument.

Néanmoins, la guimbarde bénéficie d’un îlot protecteur par le village de Molln en Autriche. Celui-ci est le gardien de la tradition, non seulement dans le jeu mais surtout dans la fabrication qui y reste artisanale, fidèle aux méthodes de fabrication ancestrales. Ce sont les forgerons qui fabriquaient les guimbardes taillant la lame le plus souvent dans une plaque d’acier, donnant dès l’origine la forme à la lame puis travaillant son épaisseur.


Extrait du Guide du visiteur, Musée des Instruments de Musique [MIM de Bruxelles], Mardaga

Comme pour de nombreux instruments populaires, son répertoire est très limité. Si Albrechtsberger a composé 10 concertos pour cet instrument, 4 seulement sont parvenus jusqu’à nous. On connaît également une Parthia pour guimbarde, flûtes à bec, cordes et basse continue composée vers 1740 par un compositeur d’Innsbruck du nom de Johann Heinrich Hörmann (1694-1763).

La guimbarde se compose d'une lame de métal ou de bois disposée dans un cadre et que l’on fait vibrer devant la cavité buccale. C’est un instrument que l’on retrouve un peu partout dans le monde, plutôt rattaché de nos jours à la musique traditionnelle.

Les dénominations flamandes anciennes sont tromp et boerentromp (« trompe des paysans »), mais il y a longtemps que l’on emploie, dans le langage courant, les termes de mondtrom et mandharp. En Wallonie, l’instrument portait jadis le nom de gawe, un terme apparenté au français « joue » et qui remonte du latin gabuta. Mais c’est le mot guimbarde qui finit par l’emporter.

Mais la guimbarde est également appelée gewgaw en Angleterre ou maultrommel en Allemagne (ce qui peut se traduire par percussion pour la bouche) ou encore Jew’s harp aux Etats-Unis. Bien que cette dénomination ait peu de rapport avec le Judaïsme ou le peuple Juif, sa consonance péjorative, opposant la Big Christian harp à la little Jew’s harp, est révélatrice de l’image négative que véhicule cet instrument aux Etats-Unis. L’étymologie Américaine correspond plutôt à une déformation dans la prononciation de jaw (mâchoire).

En effet, c’est bien la mâchoire qui sert de caisse de résonance à l’instrument et c’est l’articulation des lèvres et de la bouche qui permet d’obtenir des sons différents. Pour l'exécution des concertos d'Albrechtsberger, le musicien a besoin de plusieurs guimbardes, chacune dans son ton.

L’industrialisation de la fabrication de la guimbarde au XIXe siècle a profondément modifié la sonorité de l’instrument :

  • Sa forme est passée d’un losange aplati à un losange plus proche de la forme du carré, enlevant ainsi de la puissance au son.
  • L’accroche de la lame au cadre de l’instrument s’est élargie pour des questions de solidité lui supprimant de la souplesse.
  • La peinture, bien que plus esthétique, a également fait perdre à l’instrument son son caractéristique.

La lame en acier constitue un point important de la sonorité de l’instrument : elle doit être asymétrique à son point d’accroche, point d’accroche qui doit être étroit, sa longueur détermine la hauteur du son (plus elle est petite plus elle est aiguë).

Mais l’élément le plus essentiel pour le bon jeu de l’instrument reste l’instrumentiste lui-même qui prête une partie de son corps à l’instrument. Les variations du son sont nombreuses à la fois par la position de la bouche et par le timbre de la voix.

Texte Nicolas Sarre à partir d'un entretien avec Max Engel.

© Ensemble Baroque de Limoges