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Basson selon Ozi « Sergio Azzolini a acheté cet instrument en 2000 à Elke Filthut à Brême. Celle-ci a cité trois possesseurs antérieurs, tous collectionneurs d'instruments anciens. Sa date de construction devrait se situer entre 1760 et 1780. « L'instrument correspond exactement et en tout point à celui décrit dans l'école de basson d’Ozi, la première école complète pour cet instrument. On peut d’ailleurs clairement lire la signature "Keller", qui démontre qu’il s'agit inconditionnellement d'un original. On ne connaît qu'un autre basson de Keller, qui se trouve au musée d'instruments de musique de Stockholm. Toutefois, celui-ci ne possède pas les clefs supplémentaires qu'Ozi a laissé apporter à son propre instrument. L'instrument de Stockholm a été raccourci et les perces ouvertes (pièce de résonance). On ne traitait un instrument de cette façon que lorsqu'il ne s'agissait pas d'une pièce précieuse, appartenant à un soliste. « L'instrument joué par Sergio Azzolini dans ce concert a deux parties : une courte et une plus longue. La plus courte a été nettement construite plus tard, afin d'obtenir un diapason plus aigu. Il n'est pas signé par Ozi, mais les signatures étaient à cette époque inusuelles. Il s'agit néanmoins du seul instrument de Keller, le facteur d’Ozi, qui soit en bon état et jouable. La table de doigtés d’Ozi correspond très exactement à cet instrument-ci. Même si l'on ne peut affirmer définitivement que cet instrument ait appartenu à Ozi, on peut avec certitude prétendre qu’Ozi a contribué à la fabrication de cet instrument. « La plupart des bassons anciens sont aujourd'hui presque injouables. Cet instrument représente en quelque sorte une exception : on peut en conclure qu'il devait déjà à l'époque être un instrument de valeur toute spéciale. » Texte Sergio Azzolini, trad. Michel Uhlmann Valeur d’autant plus spéciale qu’Etienne Ozi est considéré comme le plus grand bassoniste de son temps. Ce nîmois d’origine s’est installé à Paris en 1779 et y a fait une magnifique carrière. En effet, il joua jusqu’en 1790 au Concert Spirituel au moins 37 concertos pour basson dont 19 sont de sa composition. Lié comme Mozart à la franc-maçonnerie, il eut pour protecteur le Duc d’Orléans et fut premier basson de la musique du Roi. Musicien pour de nombreuses institutions (du Cirque du Palais-Royal en 1790 à la Chapelle de musique de Napoléon, en passant par le Théâtre de la République et des Arts en 1799-1800), compositeur pour un basson à six ou sept clés et directeur de la maison d’édition du Conservatoire, Ozi est également connu pour son enseignement. Il fut en effet professeur à l’Ecole Gratuite de Musique de la Garde Nationale Parisienne, futur Conservatoire National de Musique de Paris. Ce dernier affiche d’emblée son intention d’unifier l’enseignement, à travers l’élaboration d’un ensemble d’ouvrages pédagogiques qui seront imposés aux élèves. Quatorze méthodes officielles, tenant compte de l’évolution la plus récente de la facture instrumentale, voient ainsi le jour entre 1800 et 1814. D’impact international, la Nouvelle Méthode de basson d’Ozi adoptée par le Conservatoire pour servir à l’étude dans cet établissement (1803), premier manuel complet pour l’apprentissage du basson en France, « contient les Principes détaillés pour l’Étude du Basson, des Exercices dans tous les Tons avec Accompagnement de Basse, douze Sonates d’une difficulté progressive, Trente Gammes variées et Quarante deux Caprices. Elle renferme aussi la manière de conserver l’Instrument, et les Moyens de faire les Anches. » Etienne Ozi a considérablement enrichi les qualités expressives et techniques de son instrument. Réunies en deux séries de Six Petites et Six Grandes Sonates, les « Douze Sonates d’une difficulté progressive » sont en forme de duo, permettant aux élèves de s’échanger tour à tour les rôles d’accompagnateur et de soliste. De fait, la ligne de basse possède un caractère d’accompagnement, suggérant également la possibilité d’une exécution au violoncelle. Texte Nicolas Sarre © Ensemble Baroque de Limoges
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