La lira organizzata (vielle organisée)
Pour la première fois depuis des lustres, les œuvres de Pleyel et de Haydn ont pu être entendues en concert sur l'instrumentation prévue lors de leur création, c'est-à-dire avec deux lire organizzate.
Les concerts ont eu lieu à Marq-en-Barouel le 30/01/05, à Châteauroux le 01/02/05 et à la Cité de la musique (Paris) le 02/02/05. L'Ensemble Baroque de Limoges est donc fier de pouvoir présenter au public cet instrument, fruit de plus de trois ans de recherches (dirigées par Christophe Coin, Michel Uhlmann et Nicolas Sarre) et reconstruit avec le concours de nombreux partenaires parmi lesquels Wolfgang Weichselbaumer (luthier, Vienne) et Matthias Loibner.
© Ensemble Baroque de Limoges - W. Weichselbaumer
Photo Séverine Hostein
En effet, si de nombreuses tentatives de reconstituer ces instruments ont existé et existent encore, aucune n’a été réellement concluante à ce jour. Avant cette recréation, les instruments étaient de trois sortes : les originaux dont on regrette leur état de non jouabilité, les copies qui avaient certes les caractéristiques techniques des originaux qu’ils voulaient copier mais n’arrivaient pas à produire un véritable son (tout au plus un bruit), enfin celles qui produisent un son mais un son qui ne permet pas de jouer en concert (même privé) les œuvres de Haydn ou Pleyel.
Il s’agit donc là d’une prouesse à plus d’un titre. De la lira organizzata, on ne sait que très peu de choses, si ce n’est que la quinzaine d’originaux conservés à travers le monde attestent d’une réelle existence historique ; mais il en existe peu avec un ambitus suffisant pour jouer les pièces du répertoire. Du répertoire également nous n’avons qu’une certitude : les œuvres de Pleyel et Haydn ont été composées spécifiquement pour cet instrument. Des autres œuvres, on ignore où elles se trouvent ni si elles existent encore.
Une prouesse également dans ce mariage de deux catégories bien distinctes d’instruments : les vents (l’orgue) et les cordes (la vielle). Et ce d’autant qu’on n’entend pas deux instruments qui jouent ensemble, mais bel et bien un seul instrument au son unique provenant d’une source double.
La prouesse réside également dans un élément plus terre-à-terre d’avoir pu réunir les avis de spécialistes de domaines qui s’ignorent : luthiers, musiciens, musicologues, conservateurs… Cet instrument comble les distances de l’Autriche à la France, du « gratte papier » au « gratte cordes », du soufflet de l’orgue à la manivelle de la vielle.
© Ensemble Baroque de Limoges