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Arpeggione Pierre Jaquier, Cucuron, 1992 Une guitare-violoncelle (accordée Mi La Ré sol si mi) dont le manche comporte 22 frettes, nommée aussi « guitare d'amour », voilà l'instrument dont le luthier viennois Johan Georg Staufer (1778-1853) a clamé être l'inventeur. Cependant, un instrument similaire avait été proposé par Joseph Georg Leeb, luthier à Pressbourg une vingtaine d'années auparavant, et Peter Teufeldorfer, luthier installé à Pest en Hongrie, présenta un instrument similaire à celui de Staufer pendant la même année 1823. Les innovations dans les modèles de guitare au début du XIXe sont nombreuses : élargissement de la caisse de résonance en haut et en bas, enclavement du manche en pointe (forme que l'on nomme parfois « chausson persan ») ; touches à frettes métalliques déplaçables maintenues par des vis, sans doute inventées par Staufer ; le manche vissé réglable dont le guitariste virtuose et luthier de Luigi Legnani a réclamé l'invention. L'instrument attribué à Staufer conservé au Musée de la musique (E.982.8.1) a son manche cassé, le bois de la table comme celui du fond ont rétréci, ce qui fait qu'une fois la table posée sur les éclisses, elle ne peut s'adapter car elle est trop petite. Alors que les importantes variations dimentionnelles interdisent tout remontage sans perte d'information, les éléments en possession du musée ont permis à Pierre Jaquier de réaliser son arpeggione dont les dimensions sont légèrement plus grandes. Quelques « Arpeggione » subsistent, fabriquées par Staufer, ainsi que par d'autres luthiers d'Europe centrale tels Anton Mitteis à Leitmeritz en Autriche et Tomasz Pasamonski en Pologne (voir en particulier au musée de Leipzig). Ce n'est qu'au moment de la parution tardive de la sonate de Schubert en 1871 que l'éditeur a mis en avant le mot Arpeggione, nom donné par le compositeur à son oeuvre, pour désigner l'instrument qui avait alors disparu depuis longtemps. Schubert avait composé la sonate pour un guitariste amateur de sa connaissance nommé Vincenz Schuster qui s'est passionné pour cette guitare-violoncelle au point de lui écrire la seule méthode existante (« Aleitung zur Erlernung des von G. Staufer neuerfundenen Guitarre-Violoncells », Vienna, 1823). On peut imaginer les rencontres amicales entre le luthier, le guitariste et le compositeur, en cette année 1823 où Schubert résidait dans la demeure de sa famille à Vienne. Vernis jaune Anne Houssay
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