La Borie-en-Limousin : Le site et son environnement :

Histoire du lieu



LE CHATEAU

Le domaine est un exemple très représentatif des grands domaines agricoles résidentiels nombreux aux environs de Limoges.

Les origines du site ne sont pas claires. On sait seulement que le château appartenait en 1679, sous le règne de Louis XIV, à Martial Maleden, écuyer, seigneur de La Borie, membre d’une riche famille limousine et trésorier général de France au bureau des finances de la généralité de Limoges.

Le château, monument historique

Probablement construit vers 1640, à la fin du règne de Louis XIII, il est entouré d’un mur d’enceinte renforcé de tours rondes défensives. Ce mur renferme le château, ses dépendances agricoles et des jardins de toute nature. Construit alors que le pays garde encore en mémoire les troubles des guerres de Religion, alors même que le Limousin est secoué par des révoltes paysannes sanglantes (les révoltes des Croquants), le château comporte des éléments d’autodéfense importants, mais sans grande valeur militaire : tours d’angle situées sur les points faibles, mâchicoulis des lucarnes de toit, « canardières » percées sur les quatre poivrières du château et jusque dans les murs de la petite chapelle, destinées aux arquebuses. Le tout doit permettre de résister aux bandes et aux pillards, sans plus, la monarchie de Louis XIII et Richelieu ne tolérant plus les forteresses privées.

Les mœurs ayant évolué, une petite cour d’honneur a été fermée au 18ème siècle par une clôture d’apparat datée de 1771, comme l’atteste le portailen fer forgé.

Le château est assis sur le roc, au bout d’un long « doigt de gant » encadré de deux vallons humides.  Il est construit en petit appareil tout venant de granit. Sa toiture à croupes est couverte en tuiles plates. Elle repose sur une remarquable charpente à chevrons-portant-ferme faite d’une centaine de poutres de chêne. Les quatre tourelles d’angle en surplomb sont couvertes de bardeaux de châtaignier. L’escalier qui débouche dans le comble est entouré d’un rare garde-corps d’origine, avec balustres plats chantournés et plafond de protection en bois. Huit lucarnes régulièrement réparties sont assises sur des mâchicoulis, avec pour décor des frontons ornés d’enroulements et de pots à feu. La porte d’entrée est surmontée d’un fronton orné très simple mais soigné.

Il comporte deux niveaux d’habitation, surmontés d’un étage de comble sous toiture. De façon très classique, un escalier axial à deux volées de marches en dalles de granit et mur-noyau sépare les salles situées de part et d’autre. Ces pièces plafonnées à la française de façon très « rustique » ont gardé pour l’essentiel leur volume d’origine et ne comportent aucun décor.

Ce logis fait face à un vaste paysage en alvéole, en partie masqué aujourd’hui par les haies et les bosquets. A l'abri des regards derrière le château, le jardin Renaissance offre 4 parterres de gazon divisés par une croisée d’allée ornée en son centre d’un bassin de granit.

Les cheminées

Elles ont conservé deux plaques de fonte de facture artisanale, où l’on relève les armoiries des Maleden, "d’azur à trois lions rampants, passant l’un sur l’autre". Des étoiles et des lys remplissent les vides. Au premier étage, une cheminée en granit repose sur des piédroits avec enroulements en console, leurs côtés s’ornant d’un motif en forme de pistil ouvert sur une pointe de diamant au relief prononcé.

Dans son état d’origine ?

Curieusement, les pièces intérieures n’ont pas été décorées ni stuquées à l’époque de Louis XV. Au XIXe siècle, le château, racheté par un investisseur, n’est apparemment pas habité. Il échappe à nouveau au classique « relookage » en néo-gothique qui frappe tant de châteaux limousins.

En savoir plus

LE DOMAINE DE LA BORIE
TEMOIN DE L’HISTOIRE

Ville de négoce, d’artisans et d’émailleurs, capitale d’une intendance royale à partir du XVIe siècle, Limoges a abrité de tout temps des familles de notables fortunés, liées à la fois au commerce et à l’administration royale.

Outre leur logis citadin, ces familles possédaient des domaines et, surtout, un château avec sa seigneurie, qui leur conféraient prestige et privilèges. La famille Maleden est de celles-là, célèbre dès le règne de Louis XIII pour la place qu’elle prend dans la gestion des affaires publiques et dans la vie spirituelle de Limoges. L’un de ses hôtels, construit au XVIIe siècle, est aujourd’hui le siège de la Direction Régionale des Affaires culturelles du Limousin.

Le château de La Borie est donc à la fois un domaine agricole chargé de fournir une grande famille en biens primaires, bois, foin, volailles, céréales..., et un lieu de prestige, destiné à un monde élégant. C’est ce qui explique qu’on ait aplani le terrain, pour créer des terrasses de promenade et de conversation. Aux 18ème et 19ème siècles, on l’aurait sûrement situé plus en amont, afin de mieux profiter de la vue et des perspectives. Sous Louis XIII, ses constructeurs ont choisi de le placer au contraire en contrebas d’une longue allée d’accès bordée de chênes, pour profiter des eaux naturelles conduites au château par simple gravitation.

Si le château a gardé ses volumes et son agencement d’origine, en revanche les bâtiments de service et les jardins portent la marque des siècles successifs :

- la cour d’honneur et sa grille de la fin du siècle de Louis XV, alors que les carrosses se répandent grâce à des chemins devenus " carrossables ",

- le clos de tilleuls, qui sépare l’ancien potager de la terrasse destinée aux jardins à la française.

- l’étang, dont il est difficile de savoir s’il existait dès l’origine. Sa chaussée porte depuis le 19ème  siècle un nouveau chemin d’accès relié à la route qui mène à Solignac.

La longue rangée de bâtiments agricoles a été allongée au fur et à mesure des besoins, et porte la marque de nombreuses reprises. Ils sont exposés plein sud et sont couverts de tuiles courbes, comme dans le pays de Limoges. Au plus près du château se trouve un logement de domestiques doté d’un four à pain accolé au pignon, ouvrant dans la cheminée de la salle commune, selon un usage fréquent dans le pays. Au-delà d’un vaste porche réservé à l’accès des charrettes, un autre logement précède une succession de granges-étables dotées de cornadis où l’on stockait le foin et enfermait les bêtes, ou granges à battre destinées à la longue et pénible opération du battage au fléau : celle-ci durait des mois, avant que les batteuses à vapeur du 20ème siècle permettent d’en finir en quelques heures.

L’importance des bâtiments agricoles témoigne de l’essor pris par l’élevage et notamment par la race bovine limousine à la fin du 19ème  siècle, lorsque le chemin de fer et la multiplication des foires dopèrent le commerce.

Quant à l’environnement du château, assez remarquablement préservé, il est aujourd’hui fait de vastes prairies vouées à l’élevage du mouton et des bovins, suite à l’abandon généralisé de la polyculture qui prévalait, il y a encore trente ans. Les longues rangées de chênes qui bordent les chemins étaient jadis régulièrement utilisées comme une source de fagots et destinés à alimenter les vastes cheminées des maîtres ainsi que celles des domestiques.

 

Ce document a été réalisé grâce aux recherches et documentations de Colette Chabrely (DRAC du LIMOUSIN) et de Michel C. Kiener.

© Centre culturel de Rencontres de La Borie

L'Ensemble Baroque de Limoges :
La Borie 87110 Solignac, France